La plainte et la justice face au pervers narcissique

La plainte fait basculer la vie. A elle seule elle marque un nouveau « point de non-retour ».

(Extrait du manuscrit de Geneviève Schmit pour les éditions Fayard)
Les témoignages ont été volontairement réservé pour la version livre.

La plainte n’indique pas la fin d’un problème, mais bien le début d’un autre : celui d’être prise au sérieux.

Il est clair qu’il faut déposer plainte, et il est encore plus important d’en préparer les conséquences.

 

Légitimement, certaines victimes se tournent vers la justice dans l’espoir d’obtenir sa protection, la reconnaissance de leur état de « victime », la désignation du bourreau et une réparation à la hauteur de leurs souffrances vécues. En entrant dans la cour de justice, la victime va devoir lutter pour se faire entendre, et encore bien plus pour être crue.

C’est une nouvelle étape à son calvaire qui commence.

Et pourtant, seule la justice pourra fixer un cadre qui, s’il est très bien défini, pourra protéger la victime du pervers narcissique, et d’autant plus s’il y a des enfants.

La plupart du temps, le manipulateur pervers est très procédurier. Il se trouvera dès lors  dans son élément de prédilection; celui des jeux de pouvoir, de la parole et du spectacle. Mais il arrive aussi que la justice l’inquiète. Cela va dépendre de son tempérament et de son vécu. Dans ce cas, vous pourrez exploiter cette faiblesse et en profiter dans la contre-manipulation.

 

Nous savons tous que la violence ne s’arrête pas avec les coups. La violence institutionnelle fait aussi des ravages. Elle est aussi bien présente dans l’accueil réservé par les services de police, dans le classement sans suite des plaintes, dans l’obligation de médiations, dans des procédures de divorce qui n’en finissent pas, dans la manipulation des enfants et dans l’humiliation des victimes.

Il est important que les victimes comprennent le système judiciaire ainsi que les étapes des différentes procédures auxquelles elles seront confrontées afin de bien s’y préparer.

Pour tenter d’éviter d’être broyées, les victimes devront affronter toutes les conséquences, directes et indirectes, qu’implique le passage en justice.

 

Le moment où la victime porte plainte est crucial, l’enjeu est énorme. Les victimes savent que cela va faire basculer leur vie, qu’il y aura une explosion familiale, peut-être même la perte de leur domicile.

 

Ce n’est pas forcément le jour où elles ont subi les coups les plus violents que les victimes  feront la démarche d’aller vers les services de police et de justice. Ce jour-là, elles sont la plupart du temps complètement détruites, elles n’ont ni l’envie de s’expliquer, ni d’être auscultées par un médecin pour le certificat médical. Ce n’est que plus tard, lorsqu’elles retrouvent des forces, le désir de s’en sortir et de reprendre leur vie en main qu’elles seront plus à même d’agir avec discernement.

Pour que cette énergie, souvent fragile, ne soit pas brisée dans son élan, il est nécessaire qu’elles soient soutenues par les personnes qui vont être en capacité de prendre en charge leur demande.

Malheureusement, elles tombent trop souvent sur des policiers qui ne sont pas dans un rôle de protecteur, mais dans celui de représentant de la force publique : Ils pensent en rapport investissement/résultats. Leur propre surcharge de travail les pousse à se demander si cela vaut la peine d’investir du temps et des moyens dans l’enquête si, au final, il y a peu de chance que cela débouche sur une condamnation. Cette demande exigera d’eux d’écouter, parfois, durant des heures la victime et de retranscrire ses propos, de se rendre sur place, d’interroger les voisins, et de procéder à toute une enquête. S’ils estiment qu’il n’y aura pas assez de preuves, ils tentent trop souvent de dissuader les victimes de porter plainte. En général à bout de force, les victimes capitulent.

 

Les femmes victimes anticipent tout cela. Elles pensent qu’on ne les croira pas, que cela ne débouchera sur rien. C’est un cercle vicieux.

Certaines ont peur aussi des questions qu’on va leur poser : « Mais pourquoi vous restez avec lui ? », « Pourquoi vous n’êtes pas venue plus tôt ? ».

Un policier ou un gendarme qui n’a pas été formé pour aborder ces sujets de manière non culpabilisante, génère de nouveaux traumatismes et elles n’oseront pas revenir avant un long moment. En revanche, si elles tombent sur un professionnel formé qui leur dit « Madame, je vous crois, et, vu la situation, vous devriez déposer plainte. », cela peut être le déclic qui va changer leur vie. Elles se souviennent souvent de cette personne qui les a écoutées et aidées.

En portant plainte, les victimes, hommes ou femmes, ont en effet le sentiment de perdre la maîtrise des choses et de prendre encore plus de risques.

Une fois la plainte déposée, elles entrent dans l’angoisse de l’attente, sans savoir ce qui va se passer, ni quand. Elles ne sont pas prévenues de quand leur conjoint va recevoir une convocation. En fait, la plainte ne les protège pas. Si elles sont au domicile, elles craignent des représailles qui peuvent arriver à tout moment.

 

La justice se base sur des faits prouvables.

 

A l’inverse des violences physiques laissant des traces, il est très compliqué d’obtenir des condamnations pour des faits de violences psychologiques.

Pour augmenter les chances d’être entendue dans le cas de violence psychologique, il faut se préparer.

 

Il faut éviter de déposer plainte lorsque l’on en peut plus, lorsqu’il y a le truc de trop, mais préférer le faire lorsqu’on a assez d’éléments pour qu’elle soit prise en compte par la justice.

 

C’est là que la victime a tout intérêt à se rapprocher de personnes dont c’est le métier, avocats, conseils, thérapeutes spécialisés dans ce domaine précis. Ils sauront aider à prendre les bonnes décisions et à les mettre en forme.

 

La victime d’un manipulateur pervers n’est pas dans la même logique que la justice. Elle se dit : « J’ai assez souffert, je ne veux plus souffrir, je vais porter plainte ». Et pas : « J’ai assez de preuves, je vais porter plainte ». Il peut être très déstabilisant, une fois entrée dans la procédure, d’entendre qu’il n’y a pas assez de preuves pour pouvoir poursuivre. Le classement sans suite est toujours mal vécu.

 

Quand un procureur décide de classer sans suite une plainte, il risque de replonger la victime dans la violence conjugale pour des années car elle n’aura plus confiance dans la justice.

C’est pourquoi je pense qu’il faut privilégier, s’il n’y a pas assez d’éléments pour obtenir un déferrement[1], des mesures de substitution comme un « un classement sous condition[2]« . Cela veut dire qu’on peut rouvrir le dossier s’il y a récidive.

Une médiation pénale peut aussi être demandée. Il vaut mieux la médiation pénale[3] d’une femme accompagnée de son avocat que rien du tout.

 

Certains hommes violents et manipulateurs font tout pour qu’il n’y ait pas de preuves. Ils isolent leurs victimes de leurs amis, de la famille, des collègues. Elles sont parfois tellement isolées qu’il n’y a plus personne pour constater la violence.

Il faut pourtant toujours faire constater les faits, même s’il n’y a qu’une griffure ou un hématome. Il faut alors prendre une photo avec le journal du jour dans le champ de vision pour attester de la date. Il faut demander à une amie de regarder, et elle pourra ensuite faire une attestation. On peut aussi enregistrer les regrets ou les aveux de l’agresseur, qui souvent demande pardon après un cycle de violence. On pense rarement à enregistrer un pardon, or, c’est un pardon pour éviter une plainte. C’est précieux pour la victime.

Gardez bien tous les SMS, les mails et mettez-les à l’abri, en double, à l’extérieur du domicile. Un téléphone se perd, se vole, se casse …

Déposez des mains courantes, plusieurs fois s’il le faut, pour qu’il y ait des traces, ou déposez plainte si votre dossier est constitué et que vous êtes prête à vous séparer.

Il vaut mieux éviter les faux départs. Partir sans être sûr de soi et revenir discrédite la victime aux yeux des policiers ou des gendarmes. De plus, c’est incompréhensible pour les enfants qui s’y trouvent mêlés.

Si la victime n’est pas sûre d’elle, il vaut mieux qu’elle aille se reposer un peu chez un proche, en l’annonçant clairement, pour souffler et n’engager la procédure uniquement lorsqu’elle est prête à aller au bout.

 

La séparation, cela veut dire être seule, mais aussi être libre!

 

Une fois partie, la victime peut enfin retrouver des moments de calme, d’apaisement. Elle peut reprendre contact avec les plaisirs simples de la vie, comme boire un café, sans entendre l’autre critiquer comment elle est habillée, comment elle cuisine, comment elle s’occupe des enfants. Cela fait du bien de réouvrir de l’espace dans sa tête pour penser à soi, réfléchir sur ce que l’on souhaite pour le futur, reprendre sa vie en main et faire des choix pour soi-même.

 

Beaucoup de victimes ont peur de partir à cause des enfants. Elles ont tendance à repousser le départ indéfiniment. Le meilleur moment pour décider de partir c’est maintenant, toujours, et surtout s’il y a des enfants! Il vaut nettement mieux que les enfants aient, même à mi-temps, un parent en bonne santé, en bonne forme, qu’un parent manipulateur pervers et l’autre dans la tombe!

Les mères se sentent coupables de faire grandir leurs enfants avec des parents divorcés. Pourtant, lorsqu’on parle avec ces enfants-là, ils demandent souvent pourquoi leur mère n’est pas partie plus tôt ou pourquoi elle ne les a pas protégés plus tôt. Ils attendaient ce moment de tranquillité, loin de la tension, de la violence, de la peur. Il ne faut pas se culpabiliser sur la séparation car elle permet aussi aux enfants de se reconstruire et le plus tôt sera le mieux.

 

[1] Le déferrement est une mesure de contrainte, placée sous le contrôle du procureur de la République. C’est une étape de l’exercice des poursuites, notamment à l’issue de la garde à vue.

[2] Classement sous condition (fr) Le ministère public peut décider de ne pas poursuivre l’auteur d’une infraction devant un tribunal et ordonner une mesure alternative : un rappel à la loi, une médiation pénale, une composition pénale, une mesure de réparation.

[3] La médiation pénale est une mesure alternative aux poursuites pénales. Elle relève de la décision du Procureur de la République et est la première mesure fondée sur le principe du plaider coupable.

 

 

 


 

Geneviève Schmit - Coaching thérapeutique pour les victimes de manipulateurs pervers narcissiques ©Geneviève Schmit, experte dans l’accompagnement des victimes de manipulateurs pervers narcissiques.

septembre 2017

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A propos Genevieve Schmit

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16 Commentaires

  1. J’ai vécu 4 ans avec un mpn ,il m’a retourné le cerveau .
    C’est de la violence sphycologique non physique
    Depuis 2 ans je suis en arrêt de travail
    Je souhaite savoir comment faire pour réussir à convaincre la vérité aux policiers

  2. Bonjour Genevievre, vous dite
    Certaines ont peur aussi des questions qu’on va leur poser : « Mais pourquoi vous restez avec lui ? », « Pourquoi vous n’êtes pas venue plus tôt ? »
    On pourrai nous dire aussi que l’on a accepter cette situation toxique puisque nous sommes pas parti plus tôt
    comment faire face à cette phrase?

  3. Je suis victime d une pn manipulatrice avec une avocate qui est pareil que mon ex je suis trainer en cour d assise 18 plainte déposée à mon encontre mais sa choque pas les juges malgres les incohérence et changement de versions .
    Elle na aucun scrupule même en étant hors la loi
    Je sais plus quoi faire..

  4. Bonjour madame
    Perso c’est ma fille de 32 ans qui me pose problème. Pourtant elle a eu une enfance dorée au sein d’un couple très stable, elle a fait de bonnes études quoique un peu longues, mais à qd même eu son CAPES à 27 ans….
    J’ai vraiment réalisé le problème lors du décès de mon mari, bien qu’elle ait été tjrs exigeantes, là elle a dépassé les bornes de la bienséance profitant de mon désarroi, j’ai alors tout subi : empêchement de voir ma petite fille, mensonges aupres des proches, subtiliser mon chien, faux en signature. …. j’ai 67 ans et je tente de me défendre .
    J’ai porté plainte car je suis terrorisée, non pas pour moi , mais pour le devenir de ma petite fille de 4 ans…
    Je culpabilise terriblement car il n’est pas normal qu’une mère en arrive à porter plainte contre sa propre fille, mais je pense surtout au bien-être de cette enfant si petite qui elle ne peut se défendre.
    Merci de vos articles ils m’ont donné le courage de comprendre cette pathologie et de prendre des décisions

  5. Fratacci Dominique

    Bonjour j ai vécu pendant 12ans avec un pn et je me retrouve totalement dans votre article j ai eu une fille avec. elle a 13 ans je me suis retrouvé à faire des mains courantes la police ma rit au nez il m’a poussée jusqu’ au suicide bref je l ai quitter y a 4ans hélas Mr et très procédures à forcer ma fille a dire et faire des coureurs contre moi hélas c est une enfant totalement effacer qui a peur de le contredire qui a peur que son père l aime plus au bout de plusieurs procès et service de sauvegarde d enfants les services sociaux mon pas cru et vendredi je perd la garde de ma fille je suis épuisée de cette guerre et sa fait très mal de savoir que les services sociaux car assistante sociale tomber sous le charme de Mr y a t il vraiment une solution à ça?

  6. Je suis prêt a raconter toute mon histoire très particulière

  7. Moi je suis un homme et suis victime. Si ca interesse quelqu’un.

    • Bonjour,
      Vous racontez si vous le souhaitez.
      Mais tâchez alors de résumer 😉
      GS

      • Résumer son histoire avec une personne pn revient a rédiger ce que vous avez deja écrit sur vos pages.. tout y est.

        Sortir de cela se fait par la coupure de contact..
        Mais celle ci se retourne contre moi puisque cela est utilisable pour créer des tords en cas de garde partagée d’enfant vis a vis de la justice.
        Il reste donc une interrogation : comment s’en debarasser
        quand elle vous poursuit ? Comme le sparadrap du capitaine Haddock ?

  8. Et les hommes victimes ??! Jamais vous n’en parlez ??!

    • Bonjour,
      Je parle souvent des hommes victimes.
      J’ai même rédigé plusieurs articles sur ce sujet précis qui sont ici et dans mon autre site pro.
      Mais à chaque fois que je fais un appel à témoignage, que ce soir pour moi où un journaliste que me le demande …. SILENCE !
      Alors chère Caroline, plutôt que de m’invectivez ainsi, demander aux HOMMES VICTIMES de venir témoigner.
      Geneviève Schmit

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