A la rencontre de la culpabilité

Allégorie rédigée par Patricia qui a vécu l’enfer du pervers narcissique.

 

Elle s’était retrouvée là, gisante.

A peine si elle se rappelait de l’évènement. Elle venait de rayer de son cerveau la carte-mémoire du souvenir, l’enfance, son passé, bref, sa vie en général.

Pour l’heure, elle était effondrée, avec ce corps blessé, partout. Elle n’était pas tout à fait morte ni tout à fait vivante.
Elle regardait le plafond de la chambre cherchant l’horizon d’un ciel ouvert qu’elle aurait pu appeler « avenir ». Elle s’accrochait à son présent. Y avait-il une direction vers un futur déjà bien engagé ?

Elle tentait de ne pas vaciller dans la folie de ces femmes qui, par un coup du destin, étaient réduites en cendres, dispersées dans leur tête, « portées disparues » dans l’absence à elle-mêmes.
Survivante, elle essayait de rassembler ces petits bouts de soi épars, projetés sous la violence, sur le tapis de la chambre. Il y avait ce vide à l’intérieur du corps qui avait pris toute la place.
Une fois debout, elle se dirigeait péniblement vers la salle de bain. Devant le miroir, elle cherchait du regard son reflet. Qui était cette femme maintenant ?

Elle se rappelait alors cette scène de la biche fuyant dans la forêt. Ils y avaient les chasseurs. Ils tiraient au loin, de loin, de plus en plus près. Ils étaient déterminés à la tuer, à la dévorer toute entière. La biche, elle, cherchait une sortie pour sa survie.

Elle aussi, comme l’animal, avait tenté d’échapper à l’agresseur. Alors qu’elle traversait la route, près de la forêt des hommes, sans y prendre garde, elle s’était aventurée un peu trop près d’un bois où le loup y était.

Ayant perdu sa vigilance, elle avait été endormie par les paroles enveloppantes d’un prédateur qui l’entrainait alors dans la sombre forêt.

Elle se réveillait, de temps à autre, ayant perdu la notion du temps et se retrouvait dans un cauchemar où l’ombre du mal avait tissé sa toile. Elle tentait parfois de s’enfuir mais le pervers s’empressait aussitôt de la ramener jusque dans les profondeurs de la nuit noire d’une conscience obscurcie.

Sans protection aucune, elle ne pouvait désormais plus s’enfuir.

Etait-elle coupable d’avoir accordé sa confiance à un homme perfide dont l’emprise malsaine n’avait qu’un seul but : la posséder, vampiriser son énergie, la détruire, la réduire à néant ?

Tout avait été très vite.

Sous la terreur, elle avait fini par se soumettre.

Alors qu’il baissait la garde, dans un moment de lucidité, elle avait réussi à partir.

Plus tard, elle avait tenté chaque jour de gommer la trace de l’acte sur sa peau sans y parvenir, comme une tâche d’encre sur le buvard. Au cœur de son innocence, la honte de ce qu’elle avait vécu avait déposé en elle la marque indélébile de la culpabilité, comme un poison mortel. Celle-ci se nourrissait des remarques de ceux qui jugeaient. Toutes des salopes ! Elle l’avait bien cherché…

Dans la famille, elle avait compris qu’il fallait se taire. On ne volait pas la première place à l’évènement familial : le baptême, le mariage, l’anniversaire de la tante, la mort du grand-père. On ne parlait pas de procès. Question d’honneur. Finalement, était-elle une putain ? Une traînée ? Une moins que rien ?

Pourtant la « mignonne », elle avait porté plainte. Sous une pluie de pleurs, elle avait porté la plainte cachée sous sa robe jusqu’à la gendarmerie.

Elle avait pris son courage dans sa voix, retenant son souffle, racontant les détails. Elle était sortie du bâtiment, en vrac. Avait-elle assez dit, pas assez dit, trop dit ? Allait-on la prendre au sérieux ?

allait-il retenir l’émotion face à l’horreur du récit jusqu’à l’annulation de soi pour ne pas mourir ?

Etait-elle coupable de l’acte cruel dont elle était victime ? Combien de femmes encore violées, souillées, battues, meurtries, incendiées ? Combien de temps à glisser sa vie entre deux parenthèses pour résister au pire derrière soi.

Depuis cette épreuve, elle avait la sensation d’être coupée d’elle-même. Pourtant elle n’était pas coupable d’un crime qu’elle n’avait pas commis. Sa culpabilité l’avait jusqu’à présent retenue dans un passé qui l’empêchait d’avancer.

Elle se disait « Que justice soit faite » afin de guérir de sa blessure de n’avoir pu se sauver soi-même, de ne plus avoir honte d’un acte condamnable commis par un autre que soi.

Aujourd’hui, elle comprenait la nécessité du combat pour retrouver la confiance.

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Patricia – Février 2018

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A propos Genevieve Schmit

Thérapeute - Experte dans l'aide aux victimes de manipulateurs pervers narcissiques - Thérapie brèves - Psychologie positive

Un Commentaire

  1. La culpabilité ,le pire des séntiments .

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